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Francisco Morales Lopez 21-08-08 02:53
| Le fait d’être une fille était un malheur |
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| Écrit par Secretariat International | ||||
| 24-08-2007 | ||||
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Témoignage d’une jeune travailleuse, Tamil Nadu, Inde
Je m’appelle Suja et je viens du village de Karungal situé dans le district de Kanyakumari, dans l’Etat du Tamil Nadu en Inde. J’ai 20 ans. J’ai deux frères, un plus âgé et un plus jeune. J’ai obtenu un diplôme de secondaire dans une école publique. Je travaille dans une usine de noix de cajou depuis 4 ans. Mon père est maçon (dans le secteur du bâtiment) et ma mère est femme au foyer. Mon frère aîné a 22 ans et il a étudié dans un collège privé pour obtenir un diplôme en génie mécanique. Aujourd’hui, il travaille pour une compagnie qui fabrique des moteurs qui pompent l’eau. Mon plus jeune frère a 17 ans et il fait ses études secondaires.
Lorsque j’ai terminé mon école secondaire, j’aspirais à poursuivre mes études et à devenir professeur. J’en ai parlé à mon père et à ma mère et je leur ai demandé de pouvoir poursuivre mes études. A ce moment-là, mon frère aîné suivait des cours pour obtenir son diplôme. Ses études coûtaient très cher. Mon père m’a répondu que c’était impossible pour lui de payer les études de mon frère avec son seul salaire. Donc, au lieu de me permettre de continuer, il m’a demandé d’arrêter mes études et d’aller travailler à l’usine de noix de cajou pour l’aider à payer les études de mon frère. Il m’a également dit que c’était toujours bien pour une famille de permettre aux garçons de faire des études supérieures parce qu’ils apportaient un soutien financier à la famille, même après leur mariage. Ses arguments étaient que comme j’étais une fille, j’allais me marier bientôt et j’irais vivre dans une autre famille. Par conséquent, cela ne servait à rien d’investir dans mon éducation. J’ai donc été forcée de travailler très jeune. En tant que fille, je ne pouvais pas m’opposer à la décision de mon père. Oui, c’est ainsi dans mon village. Les parents et les hommes décident de la vie et de l’avenir des femmes. Je sentais bien que dans ma société, le fait d’être une fille était un malheur. Je sentais aussi que j’étais victime de discrimination. Parce que j’étais une fille, on ne m’a pas donné l’occasion de poursuivre mes études et de réaliser ce à quoi j’aspirais. Je voulais être professeur. Et pourtant, aujourd’hui je travaille à l’usine de noix de cajou, où j’enlève les coquilles. Ce travail en usine n’inspire pas le respect là où nous habitons. Maintenant, mon père et mon frère aîné accordent plus d’attention aux études supérieures de mon frère cadet.
Face à cette situation, en moi-même, je me suis posée des questions. Pourquoi est-ce que cela m’arrive à moi, une fille ? Pourquoi mon père et les hommes de la famille ne peuvent-ils pas comprendre mes aspirations ? Pourquoi ne puis-je pas décider moi-même de ma vie et de mon avenir ? Pourquoi est-ce que je devrais travailler dès mon plus jeune âge pour aider mon frère à réaliser ses aspirations ? Toutes ces questions m’ont aidé à découvrir plus d’éléments sur la discrimination à laquelle je suis confrontée dans ma famille et dans la société en tant que fille. Par exemple, lorsqu’il y a quelque chose de bon à manger dans ma famille, mes frères reçoivent une plus grande portion. Ma mère et moi recevons la plus petite portion. Avant de me rendre à l'usine, je dois préparer le petit déjeuner avec ma mère et le servir à mes frères. Mes frères, eux, ne font jamais aucun travail à la maison. Ma mère et moi préparons le dîner et le leur servons. Je dois laver le linge de mes frères et ce sont même eux qui décident le genre de vêtements que je dois porter. Mes frères peuvent sortir quand ils veulent de la maison et s'amuser avec des amis. Ils n'ont pas besoin de dire à mes parents où ils vont. Moi pour sortir, je dois obtenir la permission de mon père et de mes frères. Très souvent, ils refusent. Et quand ils acceptent, ils me demandent où je vais, qui je vais voir... Et je dois rentrer avant 18 heures. Voilà ce que je vis dans ma famille. Il y a des milliers de femmes en Inde qui ont la même expérience. J'aimerais mettre en lumière la réalité générale à laquelle sont confrontées les femmes indiennes aujourd'hui:
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